Qui mange sa soupe à la fourchette, donne sa chance à la baguette, disait, énigmatique et amoureux, le vieux Robert Lin Tsi, celui-là même qui, enfant, s’enfilait salement avec les doigts et sans autre forme de procès, son immonde riz gluant.
Qui mange sa soupe à la fourchette, donne sa chance à la baguette, disait, énigmatique et amoureux, le vieux Robert Lin Tsi, celui-là même qui, enfant, s’enfilait salement avec les doigts et sans autre forme de procès, son immonde riz gluant.
Livres. Suis pour le prix unique et pour le poids maxi – 45 g, 32 pages.
Au bout de combien de temps des ruines deviennent-elles des œuvres d’art, superbes et majestueuses, pures et intemporelles, mystérieuses et séduisantes, lavées des rêves laborieux qui les ont précédées, des drames sordides qui les ont habitées, des larmes fidèles qui les ont regrettées ?
… d’abord tu poses trois points de suspension, ensuite tu prends ta respiration, puis tu pars, tu ne sais pas où ni pour combien de temps, ça va souvent assez vite, c’est bien de ne pas trop viser, pas trop revenir, pas regarder trop loin devant non plus, juste aller, porté par la syntaxe, guidé par les bruits, elle est bavarde la langue, toujours quelque chose à dire, il faut la laisser faire, des petites pensées, la laisser dire, des petits secrets, des petites bêtises, le sens, gros bonhomme, un peu rigide mais très habile, suit de loin et rattrape de temps en temps, puis se fait distancer, puis te dépasse, pour te guider, alors il faut piquer à droite, et deux fois à gauche, et le perdre et se perdre, bon et puis quand même, il faut penser à rentrer, et écrire, quelque chose de plus sérieux, parce que là, c’est sûr, tu risques d’agacer ou de décevoir…
Nota Bene : Ne pas oublier les points de suspension à la fin qui indiqueront, comme trois cônes de signalisation, que c’est du provisoire, qu’il faudra revenir, qu’on va construire du solide, que c’était un brouillon en chantier, qu’on peut beaucoup mieux, que ce n’est pas la peine de relire, qu’on n’y trouvera rien d’intéressant, que tout ça aura disparu la prochaine fois, oui il faudra revenir…
Des heures de négociations âpres et impitoyables pour s’entendre sur l’adjectif qui conviendrait alors que dehors le monde avance qui appelle – voix basse, phrases courtes, mots simples et justes.
Exercez-vous au possible le plus souvent possible.
Et ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il n’est pas possible.
J’exige de comprendre, ordonne le jeune client armé à son professeur.
Il faut, mais c’est mieux comme ça, être dehors ou dedans, voir ou montrer.
Il faut, si l’on veut comprendre un peu – et voilà bien qui rend la chose difficile, pour le moins – dé-prendre également.
Bien sûr, puisque prendre, c’est voler, détourner, capturer, assiéger et figer.
Mais il faut encore, si l’on veut dé-prendre, regarder et nommer et accueillir aussi dans le poème incertain et liquide des convoyages quotidiens.
Ils sont agaçants ces philosophes à toujours partir avant la fin nous laissant seuls, inquiets et sur notre faim.
Mais ne sont-ce pas les scientifiques les coupables qui rassurent et rassasient, communiquent et toujours répondent ?
Pour moi, mais je ne suis pas un modèle d’impartialité, la philosophie est apéritive, la science gavante.
Le monde radote, l’histoire bégaie, les hommes bafouillent.
Où se cache l’orthophoniste universel qui saura nous faire parler.
Fédérons nos errances
Explorons nos friches
Et sourions nos peurs
Les restes du banquet ? c’est quand les philosophes baissent la garde, quand les poètes baisent la garce, quand les Grands biaisent les angles, quand les anges fêtent la bière, quand les Fiers chantent la terre, quand les [grosses] Têtes frangent les tresses, quand les fesses frôlent les vestes, quand les restes sur la banquette
PS : pour les malheureux qui, en troisième, ont fait techno (souvenez-vous : la coupe du critérium, la tour Eiffel en allumettes, l’utilisation du pied à coulisse…) et pas latin, je rappelle que le mot français banquet est la traduction du latin symposium, copié directement sur le grec sumposion qui dérive de sumpotès, compagnon liquide avec qui [sun-] l’on partage un verre [-pinein, boire]. (Notez encore – après j’arrête, car il faut, pour ceux qui, en troisième, ont fait techno et pas latin, des activités courtes, variées et ludiques – que le compagnon, compère solide, est celui avec qui [cum-] l’on mange le pain [-panis], quant au compère – c’est fini, regardez, encore trois lignes à peine – il ne va pas sans sa commère, encore que par les temps qui courent et les mœurs qui cavalent, il ne reste plus que quelques psychanalystes obtus pour croire encore à la triangularité familiale).
Santé !
« Moins fort la télé, on bosse nous ! » caquètent, aigries et dyslexiques, les 55 000 pondeuses du poulailler industriel voisin.
Madame M. (fraîche et fruitée) : Bonjour monsieur Concept.
Monsieur C. (malicieux et gourmand) : Bonjour madame Métaphore.
Mme (en vers libre) : Madame va bien ?
M. (sceptique mais sans mysticisme) : Je ne sais pas, je suis célibataire et post-systématique. Et monsieur ?
Mme (admirablement néo-lyrique) : Il n’y a pas de monsieur, je suis néo-lyrique et libre-échangiste.
Le Voisin (paternaliste mais sans excès) : Pacsez-vous, vous mutualiserez vos ressources et paierez moins d’impôts.
Il est sept heures, tu te lèves, tu te laves, un café en silence, pas faim, il pleut un peu, tu y penses encore, enfin, penser, non, pas de la pensée ça, ça gronde là dans ton ventre, sourd, sans répit, tous ces mots aussi dans ta tête, l’histoire qui se répète, ça grouille, chaque fois une fin différente, aurais pu, est sept heures dix, regardes par la fenêtre, trop tôt pour descendre, trop tôt, trop tard, comme ta vie, un mauvais train, jamais à l’heure, sept heures seize, faudra mettre une pendule à aiguilles, c’est mieux, descends dans le bruit les odeurs la ville, pas le métro ce matin, tant pis pour la pluie, marches vite, pas l’heure encore des sourires, pas l’heure encore des touristes, marchent vite, comme toi, regardent pas, 7h32, 15 degré, 18/06/2008, c’est écrit, ça va mieux, t’arrêtes pour un deuxième café, le journal, le loto, pas très drôle ta vie, cette histoire, pas très doué, jamais gagné, huit heures moins dix, passe pas vite, c’est mieux la pendule à aiguilles du café, passe pas vite, le temps, jamais gagné
Vos restes, merci